25.03.2009
Pape et sida : une mise au point nécessaire
La polémique médiatique et politique soulevée par les déclarations du pape Benoit XVI me fait prendre la plume pour rappeler quelques vérités sur ce qu’il a dit, pourquoi et comment la sphère politique peut et devrait réagir également.
Ce n’est pas qu’en tant que catholique que je réagis, mais également en tant que citoyen lassé des phrases hors contexte, qui manipulent des foules n’ayant même pas pris le temps de lire la réponse intégrale du Pape. C’est également en tant que citoyen, acteur de la vie publique, et concerné par les questions de santé publique que je veux prendre position.
1) L’Eglise connaît bien la réalité du Sida
Le torrent de protestations et d’indignations à qui mieux-mieux a lâché tous les qualificatifs sur le Saint Père et l’action de l’Eglise : intransigeante, irréaliste, inefficace, déconnecté de son temps. Deux réponses s’imposent :
Premièrement, l’Eglise connaît extrêmement bien la question du Sida. Il faut visiblement encore rappeler aux censeurs à tous ceux qui ont hurlé avec les loups que 25 % des institutions présentes dans la lutte contre le sida sont des organismes catholiques, sans compter la coopération établie avec toutes les œuvres chrétiennes. Au total, ce sont près de 28% des malades du Sida qui sont soignés par les institutions catholiques dans le monde. La réponse du Pape, bien plus profonde (voir fin de l’article), est donc bien enracinée, connectée et en phase aux vrais problèmes qui se posent sur le terrain.
Deuxièmement, le rôle de l’Eglise n’est pas de succomber à la faiblesse humaine, mais de l’accompagner et de permettre à l’homme de se redresser. Ce qu’attendent les catholiques, c’est que leurs pasteurs leur donnent une direction, un idéal, une route pouvant être suivie librement. Certains voudraient que le Pape révolutionne l’approche de l’Eglise sur la question de la sexualité. C’est oublier que dans une religion révélée, les fondamentaux ne dépendent pas du caprice d’un pontife, mais d’exigences morales bien plus profondes. Le discours du Pape, qui a commencé en évoquant avec amour les malades du sida, et le rôle de tous les acteurs sur le terrain, ne peut brusquement s’inverser.
2) Mieux que la réduction des risques, l’Eglise œuvre pour leur prévention.
C’est là que réside l’essentiel du problème. La position de l’Eglise n’a jamais changé sur la question de la sexualité. Elle consiste à regarder l’homme à la fois dans sa réalité charnelle, mais plus profondément dans sa dignité de créature aimée du Père.
Jean Paul II et Benoît XVI sont sur la même ligne, qui est celle de l’Eglise. Vouloir les opposer relève de la malhonnêteté et d’une la recherche effrénée et malsaine du scoop scandale. Au delà de la petite phrase sortie du contexte, il faut se replacer dans la démarche intellectuelle. Je vous invite à jeter un œil sur l’excellent article de Jean-Yves Naudet, grand professeur d’économie, et qui rappelle que « l’Eglise condamne le vagabondage sexuel et pense qu’un accent exclusif sur le préservatif favorise ce vagabondage, sans apporter une sécurité absolue ».
La question qui n’est pas abordée mais sous entendue est celle de la licence : d’un côté le monde moderne qui bataille pour une sexualité « libérée », de l’autre le choix plus exigeant de la fidélité et de l’abstinence, au final « libérante ».
Qu’y a t’il de vraiment choquant ? L’Eglise propose librement un idéal et rappelle que se fier uniquement au préservatif serait une erreur médicale et morale. C’est une attitude respectable. On peut ne pas la partager, mais personne ne peut l’interdire.
3) Un enjeu de santé publique : le « tout préservatif » aggrave les risques
Nous sommes tous d’accord pour dire qu’il faut lutter contre le sida, et qu’on ne peut pas se résoudre à laisser mourir ou vivre dans l’exclusion des malades qui ont contracté le VIH par leur comportement. Et tous les moyens sont à utiliser. Y compris le préservatif ou l’abstinence s’il faut sauver une vie. C’est ce que l’Eglise dit. En ajoutant que faire du « tout préservatif », c’est à dire l’utilisation du préservatif comme unique et final moyen de prévention, serait une erreur morale, nous l’avons vu, mais également médicale.
C’est ce que rappelait Edouard C. Green directeur du Projet de recherche sur la prévention du Sida à Harvard. L’utilisation de techniques de réduction des risque (le préservatif) engendre en réalité une aggravation des risques, car les personnes infectées adoptent des comportements téméraires, se croyant faussement protégés à 100%. Un mythe voudrait que le préservatif soit entièrement fiable, c’est à dire totalement « étanche ». Répéter un tel slogan est une erreur, ainsi que la société Durex l'a rappelé il y a encore peu de temps ou encore l'Association Française pour la Contraception. Sans oublier que les mentalité occidentales ne sont pas les mêmes que les cultures africaines, ni que la chaleur peut dépolymériser le latex des contraceptifs et les rendre poreux.
Alors, accompagner l’utilisation du préservatif par des moyens complémentaires et qui font grandir l’homme, c’est ce qui devrait être l’ambition d’une politique de santé publique qui ne s’apitoie pas que sur les conséquences, mais qui prenne les problèmes à leur racine.
Le préservatif plutôt que la mort, la responsabilité plutôt que le préservatif.
4) Proposer une sexualité de la responsabilité
Car si le volontarisme est de retour, alors on ne peut se résoudre à un horizon du moindre mal à travers une simple action de réduction des risques. La Sexualité est une chose trop belle et trop puissante pour être traitée à la va vite et avec des mensonges. Ce qu’il faut pour résoudre durablement le problème du sida, c’est développer la conscience des africains sur l’impact de leur sexualité, et donc faire œuvre de responsabilisation. Autrement dit, ne pas se contenter de slogans publicitaires et de la distribution de préservatifs. Il faut voir au delà :
« Je dirais qu’on ne peut pas surmonter ce problème du sida uniquement avec des slogans publicitaires. Si on n’y met pas l’âme, si les Africains ne s’entraident pas, on ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs : au contraire, le risque est d’augmenter le problème. La solution ne peut se trouver que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c’est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui apporte avec soi une nouvelle manière de se comporter l’un avec l’autre, et le deuxième, une véritable amitié également et surtout pour les personnes qui souffrent, la disponibilité, même au prix de sacrifices, de renoncements personnels, à être proches de ceux qui souffrent. »
Benoît XVI
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| Tags : sida, préservatif, pape, benoit xvi, santé, actualité, tribune libre, eglise, prévention, sexualité |
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Commentaires
Félicitations pour ton article lumineux
Ecrit par : François de Chantérac | 25.03.2009
Bonjour,
Merci pour cet article plein de bon sens. Il est vraiment dommage que nos contemporains soient enchaînés aux médias et ne prennent pas le temps de lire par eux même les déclarations prêtées à tel ou tel.
Frédérique
Ecrit par : Frédérique | 26.03.2009
Belle plume et tête bien faite... continuez comme ca vous irez loin!
Ecrit par : Patrick | 27.03.2009
Tu dois bien être puceau pour sortir des conneries pareilles. C'est sur que c'est pas en te paluchant que tu risques attraper des MST.
Au pire HEUREUSEMENT il y a l'avortement !
Les trois mots qui me viennent à l'esprit en te lisant c'est Travail, Famille, Patrie. D'un autre age.
Triste évolution de ta pensée.
Ecrit par : limousin | 20.06.2009
Merci Limousin de venir étaler vos commentaires ici.
Que d'animosité et de haine. Visiblement vous n'avez pas lu ni cherché à comprendre. Juste un réflexe à un stimuli.
Pape + capote = Eglise de salauds !
Les messages anticléricaux primaires du XiXème siècle sont pour le coup très old fashion... !
Ecrit par : GC | 20.06.2009
Non GC, aucune haine dans mon commentaire, juste beaucoup d'énervement lorsque je lis des CONNERIES pareilles (car malheureusement j'ai tout lu et bien compris).
J'ai préféré la provoc à l'argumentation, inutile dans ce cas, étant donné que nous sommes, à mon avis opposés sur à peu prés tout.
Votre message est clair: dans un sens la capote favorise les risques, étant donné qu'elle symbolise une "séxualité dissolue", prôner l'usage du préservatif favoriserait donc du même coup les conduites à risques. Si ça ce n'est pas un beau raccourci...
J'aimerais quand même qu'un jour on m'explique cette haine du corps et de la séxualité chez les cathos (et les autres, au passage...): si Dieu nous à fait avec une bite et des couilles pour les hommes et un vagin pour les femmes c'est pour s'en servir non? Je suis sidéré de votre vision appeurée et diabolique de la séxualité et de votre volonté de dicter aux hommes (et surtout aux femmes) ce qui vous semble être la "bonne conduite". La séxualité fait partie du domaine de l'intime et à partir du moment où elle relève du consentement mutuel des deux partenaires, elle ne saurait être "jugée" par des personnes extérieures. Si quelqu'un souhaite avoir une séxualité "dissolue", en quoi ceci vous concerne-t-il? Dieu aurait dit que c'est pas bien? Ah bon, vous l'avez entendu, il vous l'a dit personnellement? N'avez vous jamais imaginé que ce qui vous apparait "dissolu" est chez d'autres l'expression d'une séxualité totalement assumée et épanouie (vous devriez essayer d'ailleurs, ça fait beaucoup de bien)? En somme le contraire de celle voulue et dictée par l'Eglise...
Dire que le message de l'Eglise en Afrique doit d'abord prôner l'abstinence et la "responsabilité" avant de faire la pub du préseravatif c'est tout simplement criminel. Car malgrés vos tergiversations et formules rhétoriques le message est le même: le préservatif c'est mal, vive l'abstinence. Sauf que ça ne marche pas comme ça et que chez des populations qui souffrent d'un taux de contamination extrèmement élevé et qui n'ont pas le forcément le reflèxe de se protéger, l'urgence c'est de prôner l'usage du préservatif avent de faire des grandes leçons de vie sur la "séxualité responsable".
Bref je m'arrète là, j'ai quand même fini par argumenter, sans grand espoir de vous convaincre, mais je voudrais juste que vous vous posiez de temps en temps la question de savoir pourquoi l'Eglise se traine une image si déplorable... Au XXé siècle elle est toujours aussi rétrograde et bêtement réactionnaire, bien sûr tout les croyants ne sont pas comme ça, mais en tout cas sa tête l'est: le Pape evoie un message suffisement clair dans ce sens.
Je maintiens que la lecture de ce blog m'inspire la fameuse devise de la France de Vichy...
Ecrit par : Limousin | 20.06.2009
Oula ! Mais ça va très loin, très très loin ! Diantre, pâle sans bleu ! Mais ce n'est pas possible ! J'ai du faire un voyage dans le temps. Ce qui m'étonne les plus, c'est de trouver des blogs datant du Moyen Age. Je ne t'attaquerais pas personnellement car au regard de ta ton faciès, tu dois déjà souffrir assez (désolé), mais je plains plutôt les gens qui ont eu l'idée de te donner une telle éducation. C'est parce que ta grand-mère s'est fait raser la tête à la libération que ta famille a autant de rancoeur ? Franchement, comment peut-on être aussi radical ? Une sexualité épanouie mon cher Gonzague, ce n'est pas coucher avec son oncle comme tu sembles le penser, mais juste assouvir un désir réciproque et simultanné avec sa partenaire, lui donner du plaisir et en avoir en retour... enfin, je passe sur le cours d'éducation sexuelle, avec ta tête de tombeur tu n'as sûrement rien à apprendre. Par contre, niveau éthique, tu ferais bien d'aller au cours du soir. Allez; à plus Gonzague, et bonne bourre !
Ecrit par : Constantin de Ladroitedécomplexée | 20.06.2009
ben voyons!! une argumentation à base d'allusions graveleuses et de remarques sur le physique se son "adversaire", voilà qui élève le débat!!
Ecrit par : Agnès | 18.09.2009
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